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Mercredi 21 janvier 2009 3 21 /01 /Jan /2009 23:01

Voici un des témoignages qui figuraient sur mon ancien blog. Si vous avez un frère ou une soeur handicapée mentale, n'hésitez pas à nous envoyer vos témoignages pour qu'ils soient publiés.

Mon frère a été diagnostiqué autiste à 3 ans, j'en avais donc 5. Mon jugement était assez réduit vu mon âge. Je voyais bien que ça posait un problème à ma famille mais je n'ai pas ressenti ça comme un drame. Pour moi, toutes les petites filles avaient un petit frère autiste, elles étaient normales, pour pouvoir veiller sur lui. Dans la cours de la maternelle, une boule dans la gorge fasse a la méchanceté des enfants mais SURTOUT face à l'indifférence de mon frère, allongé là au milieu de la récré, des petits garçons sur son dos cherchant a le faire craquer par tous les moyens, mais lui qui reste stoïque. Alors là, je remontais mes manches et les larmes aux yeux j'allais les engueuler pour qu'ils le laissent
Au début, on croyait qu'il était sourd. Moi je me disais qu'il ne comprenais rien à rien, il voulait sortir quand il pleuvait et rester dedans quand il faisait beau, quelle idée ! Nous avons eu des jeux ensemble, je tentais d'entrer dans son monde et de montrer que je pouvais faire mieux que lui. Mais lui il s'en fichait ou alors je réussissais et là c'était partie pour une heure ou je devais répéter les mêmes gestes et la joie de l'avoir intéressé laissait place a l'ennui! J'avais des excès de rage et d'amour pour lui. Enfant, je me sentais très proche de lui, j'avais l'impression de le comprendre, je voulais que sa "maladie" finisse pour qu'on puisse enfin discuter. Souvent je me disais "mais quand il sera normal, il ne voudra plus que je sois sa soeur, il aura une mauvaise estime de moi, il m'a vue faire des bêtises, il dira tout!" alors là je me disais qu'il était préférable qu'il reste comme ça et qu'il ne me juge pas. C'est plutôt vers le collège que j'aurai aimé qu'il soit comme moi. Encore maintenant j'imagine comment serait sa chambre, ses goûts musicaux etc...

Au collège, je me disais quand même que s'il avait été normal, il aurait été meilleur que moi à l'école et ça aurait été l'horreur vis-à-vis de mes parents! Et comme dit ma mère, elle aurait sûrement été beaucoup moins ouverte d'esprit s'il n'avait pas été ainsi. Petite, j'ai tout tenté pour lui apprendre quelques trucs. Je me disais que moi je pourrais y arriver. J'ai réussi à avoir quelques petits résultats, le plus gros, lui apprendre à dessiner un ballon. Et n'imaginez pas que c'est simple ! Des heures de répétitions à lui dessiner des ballons et a faire "ouai super","allez a toi sinon je dessine plus". Au début ça ne marchait pas et puis au bout de quelques jours, il a fait son premier ballon, la première fois qu'il représentait quelque chose concrètement, j'étais tellement fière! Quand je lui apprenais des trucs, je prenais un cahier, j'inscrivais le programme, tout devait être bien prévu et organisé. Au programme : dessin (pour ensuite aller vers l'écriture), musique, gymnastique, apprendre a compter, construction. Je crois que c'est les principales matières que je lui faisais faire.

C'était difficile de lui faire apprendre quelque chose parce qu'il était dans ses nuages et je n'avais que quelques minutes d'attention, des fois même je l'énervais et c'était la crise! On s'est souvent battus, combien de poignées de mes cheveux y sont passées! Quand je voyais ses mains remplies de mes cheveux et lui tout étonné, s'énervant parce qu'il en avait dans la bouche et qu'il n'arrivait pas a se les enlever (ce qui m'a souvent provoqué des fou rires), moi je regardais dans la glace si j'avais pas des trous sans cheveux! Mais heureusement, ce n'était qu'une impression.

Non vraiment, les plus grosses peurs, c'était en voiture. Je ne sais pas pourquoi mais il suffit qu'il veuille aller a gauche et que nous devions aller a droite pour que ça déclanche une crise. Mon père disait que c'était Allien dans ces moments là. Attrapage de cheveux de ma mère placée devant lui, mon père conduisant d'une main, essayant d'enlever les mains de mon frère, moi aussi, doigts par doigts, il lâche et là, deuxième attaque, mes cheveux, moi qui, moins finaude que ma mère, commence a crier de toutes mes forces parce que bon ça fait mal quand même. Et là mon père qui s'énerve parce que conduire dans ces conditions! Enfin, des fois c'était rapide, des fois c'était très long et ma mère devait se mettre entre nous deux pour que ça s'arrête. Heureusement qu'il ne fait plus trop ça.

Quand j'étais petite je disais "Pierre-Jean (oui c'est son prénom, je sais c'est a l'envers mais a l'envers de quoi?) il sera chercheur d'étoiles" vu qu'il restait des heures fixé les yeux au ciel, surtout la nuit.

 

Mars 2005

Par blbl - Publié dans : Témoignages
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"Celui qui est capable de ressentir la passion, c'est qu'il peut l'inspirer" Marcel Pagnol 

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