Certes, nous pouvons de moins en moins utiliser des mots sans choquer. Je ne suis pas pour l'utilisation de termes comme par exemple "mal-entendant" pour sourd, "non-voyant" pour aveugle. Il en va plutôt de l'insulte liée à la méconnaissance d'un problème.
C'est un effet de mode qui a débuté il y a environ 5 ans et qui se développe de plus en plus ; utiliser le mot "autiste" fait bien, fait cultivé, fait intelligent.
Pourquoi? Parce qu'on ne sait pas vraiment ce que c'est que d'être autiste. Trouble de la communication, refus de se tourner vers les autres, voilà l'idée générale que les gens ont en tête lorsqu'ils utilisent ce terme.
On n'empêchera jamais certains d'insulter avec des noms qui font référence au handicap mental, j'en ai perdu l'espoir et je n'ai toujours pas trouvé d'autre argument que celui de la sensation que je ressents lorsque quelqu'un le fait. Ce que je veux dire, c'est qu'en effet, je ne saurai pas vous dire de quel droit nous pourrions considérer que c'est "mal". Il en va juste d'une véritable blessure pour les personnes concernées par le handicap lorsque quelqu'un insulte quelqu'un d'autre de "mongole" ou d' "autiste".
Là où par contre je trouve qu'il y a injustice et que c'est démontrable, lorsqu'il s'agit de cette mode d'utiliser le mot "autiste" à tout bout de champ, c'est par l'utilisation qu'en font les politiciens.
Il est devenu courant de trouver dans leurs discours un "je ne suis pas autiste face à la situation", "mon adversaire a un comportement autiste".
Imaginons une seconde un politicien dire "Il ne faut pas me prendre pour un mongolien", "mon adversaire a un comportement de trisomique".
Ca vous fait rire? Si la trisomie 21 et l'autisme n'ont en commun que la déficience mentale, nous pouvons tout de même ici imaginer quelle serait la réaction de l'opinion public si les politiciens se permettaient ce genre de formules.
Il est donc honteux que ceux qui sont censés se battre pour protéger nos interêts de citoyens ne se renseignent pas un peu plus sur la réalité de ce mot, ce qu'il implique au quotidien pour les familles, ou tout simplement le manque de structures et les différentes condamnations de la France faites par l'Europe pour dénoncer la politique honteuse faite au sujet de l'autisme par notre pays.
La violence d'une phrase telle que "mon adversaire a un comportement autiste" ne peut malheureusement être perçue que par les personnes concernées puisque l'autisme reste méconnu.
L'injustice se situe donc dans le fait qu'on fasse entrer un mot dans le langage courant sans vraiment se préoccuper de son sens premier. Nous l'entendons partout et pourtant, je suis prête à parier que pas 5% de la population française ne serait capable de distinguer une personne autiste dans la rue (en même temps c'est facile, les handicapés ne sont pas dans la rue en France, on se demande où ils sont d'ailleurs).
Nous nous sentons deux fois plus oubliés par le matraquage de ce mot vidé de tout son sens et mis dans la bouche de gens qui se prétendent assez cultivés et intelligents pour utiliser des mots soit-disant savants.
J'espère, par les témoignages, apporter un éclairage sur la réalité de l'autisme ainsi que sur les complications et l'isolement qu'il peut générer au quotidien autant pour la personne touchée que pour son entourage.
Peut-être alors que ce sera moins une insulte pour pédants en manque de vocabulaire.
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